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Syndicat Mixte d'Aménagement
de la Moyenne et Basse Vallée de l'Ognon
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Frayères à Brochet

 

1 - LE BROCHET

Le Brochet est une espèce limnophile, c'est-à-dire qu'il préfère les eaux claires, avec un couvert végétal dense (ex. : méandres riches en végétation aquatique, zones peu profonde de plans d'eau), soit des eaux relativement calmes (Keith et al, 2011).

Ainsi, les adultes se maintiennent à l'abri dans les herbiers, les débris ligneux, la végétation aérienne submergée et dans des caches de berges (Grandmottet, 1983). Ces abris sont intéressants à plus d'un titre, car ils permettent :

  • De séparer les individus et donc de réduire le cannibalisme ;

  • De favoriser la production de proies et ce pour tous les stades de croissance des individus ;

  • De servir de caches pour pratique l'affût.

 

Le Brochet recherchant plusieurs types d'habitats aux différents stades de son cycle biologique, il peut être classé comme une espèce limnophile notamment au stade adulte (Keith et al, 2011), et phytophile au moment de sa reproduction (Hérodet, 2006), car il recherchera un support de ponte préférentiellement constitué d'herbacées. Son régime alimentaire varie également au court de son développement, du stade larvaire à l'adulte. C'est un prédateur, et son abondance est directement liée au volume de proies disponibles, elles-mêmes dépendantes de la capacité de production du milieu (Tomanova, 2006).

De ce fait, la flore constitue donc la base de tous écosystèmes (production primaire). Une diminution de la diversité floristique entraîne ainsi une baisse de la production de biomasse, ce qui se répercute sur l'ensemble du réseau trophique (chaîne alimentaire) et donc déstabilise un écosystème. Une forte diversité/richesse spécifique est donc bénéfique pour la productivité des milieux : « La complémentarité de niches et des interactions spécifiques positives apparaissent comme jouant un rôle majeur dans l'établissement de la relation diversité-productivité [...] » (Barbault, 2008)

Pour toutes ces raisons, le Brochet constitue une espèce-repère, ou espèce « clé de voûte » (Barbault, 2008). L'étude de sa population, et de la productivité des frayères, en fait un bon intégrateur de la fonctionnalité/perturbation des milieux annexes, soumis à la dynamique fluviale.


1.1 Montaison / Ponte / Dévalaison

La montaison concerne les géniteurs. Elle a donc lieu sur les sites du début du mois de Février à Mars, pendant des phases de décrue. La ponte a alors lieu entre mi-février à début Mars. La dévalaison des géniteurs n'est, à ce moment, pas un problème. En théorie du moins, il n'est pas rare que ceux-ci se retrouvent piégés sur des frayères dite « perchées », alors qu'elles étaient connectées au moment de leur montaison (Hérodet, 2006).

Le développement des alevins se déroule entre début Mars à début Mai. Par la suite, la dévalaison de ces alevins est entre de mi-mars à mi-mai, mais peut être précoce selon les conditions de croissance des jeunes.

Les objectifs à atteindre lors de création/réhabilitation de frayère, pour le meilleur taux de réussite, seraient des dévalants d'une taille de 100 mm s'il n'existe pas de nurserie correcte. Cette taille serait plutôt atteinte à la mi-mai en général.

La production de brochetons migrants (6 à 8 cm) est de l'ordre de (Chancerel, 2003) :

  • 0,2 à 0,3 brocheton / m² pour des marais aménagés ;

  • 0,5 brochetons / m² voir 1 brocheton / m² pour sites naturels de très bonne qualité et des frayères aménagées et bien gérées (fauche ou pâture en période estivale) ;

  • Jusqu'à 2 à 3 brochetons / m² en élevage extensif.

 

1.2 Le développement des alevins

L'incubation des œufs dure 120 degrés-jours (12 jours à 10°C). La résorption de la vésicule vitelline intervient au bout d'environ 100 degrés-jours, période durant laquelle les larves sont fixées aux végétaux (Keith et al, 2011). Ce ne sera qu'après s'être libéré que l'alevin pourra se nourrir seul (80 degrés-jours).

Le développement ontogénétique des alevins nécessite divers changements dans leur régime alimentaire. En effet, au moment de sa libération (ventouse), l'alevin est zooplanctonophage, et ce jusqu'à une taille allant de 25 à 50 mm. Le milieu nécessite donc de bonnes productions de zooplancton : les eaux doivent être ensoleillées et abritées du vent (Chancerel, 2003). Les bras morts connectés seraient d'ailleurs moins productifs que les baissières et les marais (Froment, 1997 – Hors validation statistique)

Par la suite, le brocheton devient entomophage (taille de 50-80 mm jusqu'à 100 mm ; éphémères, odonates,...) et/ou ichtyophage à partir d'une taille d'environ 50 à 60 mm (Pseudorasboras, gardons, brochetons,...). Dans les faits, le régime alimentaire sera surtout conditionné en fonction des ressources disponibles des sites. Autre hypothèse, ces résultats d'étude reporte un comportement occasionnel à l'occasion de l'étude (Hérodet, 2006). Quoiqu'il en soit, l'alevin a de plus fortes chances de survie en étant ichtyophage strict (Fortin, 1981 & Masse, 1991 in Compagnat et al, 1995). Du cannibalisme est ainsi observé chez les brochetons, il se porte sur les individus de plus petites tailles tel qu'évoqué précédemment. Ainsi, en analysant ces données sur le régime alimentaire du brocheton, il faudra également penser à tout un cortège d'espèces accompagnatrices lors de la réhabilitation de sites de frai de façon à favoriser leur croissance rapide. D'ailleurs, la croissance juvénile est relativement forte, elle peut atteindre 20 à 30 cm en 1 an (Keith et al, 2011).

Le développement du brocheton n'est pas exempt d'une prédation par les insectes (Dysticidae, larves d'Hydrophilidae) entraînant parfois d'importantes mortalités, de même d'une prédation par le Poisson chat (Ictalurus melas) ou par la Perche soleil (Lepomis gibbosus) (Keith et al, 2011 ; Hérodet, 2006).

L'alevin reste également très vulnérable aux variations brutales de niveau d'eau, car il peut d'une part se retrouver piégé dans des frayères déconnectées des milieux aquatiques permanents, mais également de par les caractéristiques de leur développement, en dévalant avant d'avoir un développement suffisant pour être autonome. Ainsi, il faudra penser à :

  • Favoriser une connexion de la frayère par l'aval de préférence, de façon à favoriser le développement des alevins dans les meilleures conditions possibles ;

  • Eviter les dépôts de fines et de limons qui mettent en danger la survie des œufs, et le dégagement de H2S par les vases putrides. Il est donc conseillé de prévoir un mouvement de chasse d'eau avec une circulation relativement lente des eaux.

 


cycle_brochet_chancerel

Figure 1. Cycle de reproduction du Brochet (Source : Fédération de pêche 69 in Chancerel 2003)


2 - LES FRAYÈRES À BROCHET

Les frayères à Brochet sont aussi des « annexes hydrauliques ». Ce sont des écotones à caractère humide, liés en permanence ou temporairement avec le milieu aquatique et submergées tout ou partie de l'année par l'hydrosystème principal par une connexion naturelle ou artificielle, superficielles ou souterraines, et accueillant un cortège d'espèces faunistiques et floristiques inféodés aux conditions stationnelles de la zone considérée.


2.1 En tant que réservoir de biodiversité

Les milieux humides représentent 6% des terres émergées et figurent parmi les écosystèmes les plus riches et les plus diversifiés de notre planète (Skinner & Zalewski, 1995 in EauFrance, 2014). 3 % du territoire, soit environ 1,8 millions d'hectares, sont recouvert par des milieux dits humides : tourbières, prairies et forêts humides, mares, mouilles,... Ces milieux accueillent une forte richesse spécifique faunistique et floristique. En quelques chiffres, 50% de l'avifaune en dépend et 30% des espèces végétales remarquables et menacées en France y sont inféodées (EauFrance, 2014). Sans compter que nombres d'espèces d'amphibiens et de poissons en ont besoin pour réaliser l'ensemble ou une partie de leur cycle biologique, surtout la reproduction. Ainsi, les annexes hydrauliques sont des composantes majeures de la biodiversité des hydrosystèmes fluviaux (Hérodet, 2006).

Cette énorme richesse en termes de biodiversité s'explique par les caractéristiques même de fonctionnement de ces annexes. En effet, la présence permanente ou non d'eau avec une faible profondeur est favorable au développement d'espèces inféodées à ce type de milieu :

  • Flore : Hottonie des marais, Rubanier émergé,...

  • Faune : Castor, Bouvière, Brochet,...

 

2.2 Autres rôles

 2.2.1 Qualité des milieux

Ces annexes hydrauliques favorisent le stockage et l'épuration des polluants, ainsi que de la matière organique ou des nutriments via les inondations (Hérodet, 2006). La végétation installée joue un réel effet de peigne. Les exportations de matières produites sont facilement empruntées par les crues qui dominent.

 

2.2.2 Rôle hydraulique

Autre rôle des annexes, elles participent largement à la recharge des aquifères et à la régulation des écoulements fluviaux (Vecchio, 2010). En effet, elles ont une grande aptitude aux stockages de grands volumes d'eau, ce qui permet l'écrêtement des crues et donc des impacts de celles-ci (rôle d'éponge). Elles tamponnent la montée des eaux et soutiennent le débit lors de la décrue. Souvent, ce sont des zones de dissipation d'énergie (Hérodet, 2006).

 

3 - SUR L'OGNON

Le Brochet est une des espèces phares en basse et moyenne vallée de la rivière Ognon. Les 146 km de cours d'eau gérés par le SMAMBVO sont classés en deuxième catégorie piscicole, ou «zone à Brême» d'après la classification de Huet.
Dans le cas de l'Ognon, des activités économiques importantes ont modelé le lit mineur et majeur, et entraînent des dysfonctionnements sur ces sites de reproduction :
  • Les barrages : ils sont un frein à la continuité écologique de l'Ognon, mais ils stabilisent le lit et maintiennent le niveau des nappes d'eau.

  • L'extraction de granulats (entre 1945 et la fin des années 1970) : elle a provoqué l'incision du lit de l'Ognon par un phénomène d'érosion progressive et régressive induisant ainsi la déconnexion du cours d'eau avec son lit majeur.

  • L'assèchement des zones humides dues aux drainages agricoles. L'assèchement de ces zones est aussi dû aux calibrages de nos cours d'eau pour le PPRI (Plan de Prévention aux Risques d'Inondation), qui favorise l'écoulement de la rivière, empêchant la rétention d'eau sur les secteurs d'intérêt.


Ainsi, le syndicat local, le SMAMBVO, a mis en place une véritable politique de réhabilitation de la continuité écologique :
  • latérale, en mettant l'accent sur les restaurations d'annexes hydrauliques propices à la reproduction du Brochet ;

  • longitudinale, en installant des passes à poissons aux ouvrages transversaux.

Concernant ce dernier point, des captures de la faune piscicole ont eu lieu au niveau de la passe à poissons du barrage de Banne/Morogne. Il a été établi que cette passe est totalement fonctionnelle. De plus, une pêche électrique sur la frayère de l'Abbaye d'Acey, récemment réhabilitée en partenariat avec l'EPTB Saône-Doubs, a montré la présence de brochetons dans les annexes.

Pour appuyer ces observations, quatre stations ont été suivies par l'ONEMA, entre 2007 et 2011, avec des pêches électriques réalisées toutes les deux années : Bonnal, Beaumotte-Aubertans, Courchapon et Pesmes.

Le peuplement piscicole recensé est encourageant, avec un certain équilibre proies/prédateurs qui est respecté. En effet, les densités maximales de poissons concernent principalement des Cyprinidés, excepté une année exceptionnelle sur Bonnal, où une forte population de Perche a été relevée. Dans leur globalité, les pêches permettent de confirmer la présence d'au moins 28 espèces différentes, largement dominées par les Cyprinidés (Hezard M., rapport de stage, 2013). Les probabilités de captures (= nombre d'années de capture / nombre d'années d'échantillonnage), fournis à titre indicatif, indiqueraient 100% de chances de capturer le Brochet sur au moins deux sites suivis.

 

                                                                  BIBLIOGRAPHIE

Chancerel F.. « Le Brochet : biologie et gestion ». Collection Mise au point, Ed. Conseil Supérieur de la Pêche, 2003. 199 p.

EauFrance. « Les documents techniques sur l'eau ». Disponible sur : http://www.documentation.eaufrance.fr/. (26/02/2014)

Grandmottet J.-P.. « Principales exigences des téléostéens dulcicoles vis-à-vis de l'habitat aquatique ». Annales scientifiques de l'Université de Franche-Comté, Besançon, 1983. Biologie animale 4, p. 3-32.

Hérodet B.. « Diagnostic, proposition d'amélioration et de suivi de frayères à Brochet de la Saône aval (rapport bibliographique) ». Fédération de l'Ain pour la pêche et la protection du milieu aquatique et Université de Franche-Comté Besançon, rapport de stage, Mai 2006. 62 p.

Inventaire national du patrimoine naturel (INPN). « Esox lucius Linnaeus, 1758 ». Disponible sur : http://inpn.mnhn.fr/espece/. (26/02/2014)

Keith P., Persat H., Feunteun E., Allardi J.. "Les poisons d'eau douce de France". Biotope Editions, Mèze – Muséum nationale d'Histoire naturelle, Paris, 2011, p. 382-385

Tomanova S.. « Restauration des milieux annexes de la Saône visant à réhabiliter et préserver les sites de frayère à Brochet : Suivi scientifique préalable et proposition d'aménagement ». Fédération du Rhône pour la pêche et la protection du milieu aquatique (FRPPMA), Rapport de stage Master, Septembre 2006. 88 p.

Vecchio Y.. « Retour d'expériences de restauration d'annexes hydrauliques dans le bassin Rhin-Meuse ». Office national de l'eau et des milieux aquatiques (ONEMA) Champagne-Ardenne, Lorraine, Alsace, Mars 2010, 40 p.
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