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Syndicat Mixte d'Aménagement
de la Moyenne et Basse Vallée de l'Ognon
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Sols et végétations

Les sols cultivés des plateaux calcaires

Les plateaux calcaires en contrefort de la vallée de l’Ognon sont formés de Jurassique faiblement fissuré. Sur ces calcaires, l’altération de la roche a laissé un résidu d’argile ensuite recouverts par des limons. Des sols bruns lessivés ont été constitués par lessivage. Ce sont les sols de la vallée les plus favorables aux cultures. Ils ont leur plus grande extension autour de Cromary, Devecey et Marnay.

montage lognon

Les sols forestiers des terrasses anciennes

Les terrasses anciennes sont grosso modo constituées d’un socle marneux, d’un dépôt de sables siliceux et d’un recouvrement de limons. En fonction de la position topographique et du modelé géomorphologique, on rencontre des sols à pseudogley sur les parties sommitales subplanes. Ces sols présentent 2 inconvénients majeurs : l’acidité et un excès d’eau temporaire, souvent suivi, en été d’un dessèchement intense. Ils ont pour vocation une destination forestière (variante de la chênaie-charmaie)

Et, des sols podzolisés sur les talus des terrasses gravelo-siliceuses remises à nu par l’érosion. La forte acidité du substrat inhibe l’action des microorganismes sur la décomposition des litières. D’épaisses couches de feuilles mortes s’accumulent et mettent plusieurs années à être intégrées au sol. Sur ces type de sols, s’implantent des chênaies acidophile dont le cortège floristique très pauvre (fougère aigle, la molinie...). Le chêne y est chétif et tortueux. Le hêtre s’y développe de façon satisfaisante mais accentue l’épaisseur de litière.

Les sols alluviaux récents

Ces sols sont jeunes et susceptibles de souvent recevoir des éléments fins apportés par la rivière lors des crues. La granulométrie y est variable :

  • En fonction de leur localisation (sableux fins entre Montbozon et Cromary / limono-argileux de Marnay à Pesmes)
  • En fonction de la profondeur où les couches fines et grossières se succèdent selon l’histoire des crues.
Ces sols sont imprégnés en profondeur par la nappe phréatique qui est présente en permanence, d’où le nom de sols alluviaux à gley.

 

Les aulnaies de la vallée de l'Ognon

Une caractéristique originale de la végétation de l'Ognon réside dans les diverses forêts d'aulne glutineux qui longent son cours depuis les sources jusqu'au confluent avec la Saône. Ordinairement, les rivières régionales (Saône, Doubs, etc.) sont bordées de forêts à bois durs (frênaies, ormaies, chênaies) où l'aulne ne joue qu'un rôle discret. Par un ensemble de caractères écologiques qui favorisent l'aulne au détriment des frênes, ormes et chênes, l'Ognon montre une situation différente où les essences à bois durs ne sont plus que des hôtes accessoires des aulnes riverains : elles se cantonnent alors sur les terrasses alluviales et l'aulne garde la maîtrise des alluvions récentes.

Ainsi, malgré la destruction fréquente des aulnaies par l'homme, l'Ognon reste essentiellement un pays d'aulnes.

Les deux types d'aulnaies de l'Ognon

Dans son cours supérieur l'Ognon est une rivière d'eau vive qui arrache à la montagne vosgienne des alluvions acides (1) grossières (surtout sable et gravier). Celles-ci forment sur les berges des sols légers et bien oxygénés. Derrière un liseré pionnier de saule fragile se développe une Aulnaie à Stellaire aux caractères montagnards accusés (constance de la Stellaire-des-bois, de la bistorte, d'aconits, etc.).
Quand l'Ognon atteint le domaine planitiaire des Avants-Monts jurassiens, ses eaux ont perdu beaucoup de vigueur et ne véhiculent plus que des particules fines (limons et argiles) parmi lesquelles l'influence calcaire du Jura devient très sensible. Dans la saulaie pionnière domine maintenant le saule blanc ou le saule cendré selon la finesse des alluvions. Ces sols alluviaux de basse vallée ont souvent une faible porosité et, constamment saturés en eau, ils sont rapidement asphyxiants en profondeur (formation d'un horizon de gley à faible profondeur).

Peu d'essences peuvent résister à l'asphyxie racinaire et c'est l'aulne qui se trouve le mieux armé pour édifier une forêt dans des conditions marécageuses : il présente en effet la capacité d'édifier dans les sols inondés des racines aérifères pourvues de tissus lâches et alvéolés qui permettent la diffusion de l'oxygène depuis les organes aériens jusqu'aux parties engorgées.

Sur ces sols marécageux de basse vallée, l'aulnaie est une aulnaie à hautes herbes où voisinent dans le sous-bois de nombreuses espèces palustres : grandes laîches, salicaire, lysimaque, iris-des-marais, roseau, etc...

Les aulnaies et le cycle de l'Azote

L'écologie des aulnaies est fréquemment ignorée du public : son étude révèle des aspects assez exceptionnels et le plus remarquable est probablement le rôle joué par les aulnes dans les transformations biologiques de l'azote.

On sait que l'azote constitue la matière première indispensable à la fabrication des protéines par les végétaux (et donc pour les animaux qui s'en nourrissent !). Son abondance dans les sols limite la production végétale et à ce titre l'azote est un maillon-clé des transferts énergétiques dans les chaînes alimentaires. En agriculture notamment, où après chaque cycle cultural il est indispensable de reconstituer le stock d'azote du sol si l'on veut maintenir constants les rendements, cet élément revêt une importance primordiale. L'agriculture traditionnelle apportait l'azote sous forme de fumures naturelles (lisiers, engrais verts, etc.) associées à des pratiques culturales (assolements) faisant intervenir périodiquement des légumineuses (trèfles, luzernes, etc.) à haut pouvoir améliorant.

En revanche, l'agriculture industrielle actuelle préfère à ces techniques progressives l'utilisation massive et croissante d'engrais chimiques (le plus souvent des engrais ternaires : azote + phosphate + potassium). Mais alors, l'azote apporté au sol sous forme très soluble (nitrates) est souvent éliminé par les pluies au profit des nappes phréatiques circulantes ; on retrouve ainsi ces nitrates en quantité dans les rivières, à tel point que la pollution des cours d'eau et des nappes par les nitrates agricoles est devenue aujourd'hui un alarmant problème d'environnement dans tous les pays industrialisés.

Or il se trouve que les aulnes possèdent ces mêmes nodosités racinaires et fabriquent ainsi autant d’ "engrais" à partir de la source atmosphérique que n'en produit un champ de luzerne ! Mais alors que les légumineuses ont un cycle annuel et occupent une parcelle pendant toute la saison de culture, les aulnes vivent un siècle, avec une emprise au sol limitée aux troncs. En outre, la litière d'aulne, avec des feuilles à taux d'azote élevé, riches en protéines, représente un fourrage potentiel de haute valeur nutritive. Par ailleurs, il a également été démontré que les aulnes, sous certaines conditions écologiques, peuvent effectuer la réaction inverse (dénitrification) : pendant les périodes d'engorgement, les nitrates apportés par les eaux d'inondation sont réduits en azote gazeux qui retourne dans l'atmosphère. La nappe phréatique est alors épurée en partie de ces nitrates excédentaires par lagunage naturel dans les aulnaies.

On mesure ainsi tous les avantages à tirer d'une agro-foresterie alluviale dans des sites aussi favorables que la vallée de l'Ognon : par le jeu de phases alternées d'aération et d'asphyxie des sols alluviaux à gley, les aulnaies tour à tour produisent de grandes quantités d'azote assimilable grâce aux nodosités symbiotiques de leurs racines ou débarrassent efficacement les eaux de ses polluants azotés. Plus que n'importe quelle autre formation végétale, les aulnaies devraient être considérées comme des partenaires d'une agriculture moderne à part entière.

La précarité des aulnaies de la vallée de l'Ognon

Comme la plupart des forêts alluviales européennes, les aulnaies de l'Ognon sont souvent détruites, soit au profit direct de l'agriculture (prairies, cultures de maïs, colza, etc.), soit pour une conversion en "champ de peuplier". Il est important de souligner que ce type de banalisation du paysage alluvial (surtout l'association maïs-peuplier) affecte progressivement de la même façon l'ensemble des cours d'eau européens et représente (outre la perte considérable de diversité biologique) une perte insidieuse, généralisée, du patrimoine local.

Ces atteintes aux forêts alluviales ont comme premier effet de diminuer considérablement la surface boisée aux abords de la rivière. Le plus souvent il ne subsiste d'ailleurs que quelques bosquets disjoints, d'étroits linéaires où les arbres n'occupent qu'une ligne ténue sur les crêtes de berges : ces reliquats n'ont plus la cohésion et les fonctions écologiques d'une forêt.

Ces atteintes aux forêts alluviales ont comme premier effet de diminuer considérablement la surface boisée aux abords de la rivière. Le plus souvent il ne subsiste d'ailleurs que quelques bosquets disjoints, d'étroits linéaires où les arbres n'occupent qu'une ligne ténue sur les crêtes de berges : ces reliquats n'ont plus la cohésion et les fonctions écologiques d'une forêt.

L'érosion fluviale porte alors le dernier coup aux forêts alluviales : les aulnes isolés, déstabilisés par le développement asymétrique de leur houppier (du fait de l'absence du liseré protecteur des saules) ne peuvent plus résister au travail de sape qu'exerce la rivière sur les alluvions meubles ; ils tombent et forment des embâcles aux premières crues.

L'observation montre que la végétation riveraine naturelle est formée de ceintures concentriques spécialisées assurant le passage progressif d'un espace aquatique mobile à un espace terrestre stable. Le long de l'Ognon cette zonation s'organise ainsi : la végétation aquatique est surtout formée d'herbiers de renoncule nageant en longues lanières couchées sous les ponts et au pied des barrages. Sur les marges de la rivière s'installent des roselières amphibies où, parmi les scirpes, roseaux et massettes se rencontre assez souvent le jonc fleuri, véritable trésor botanique de l'Ognon.

La série forestière débute en arrière de la roselière : il s'agit d'abord d'une saulaie (osiers sur les berges sableuses, saule cendré "en boule" sur les rives vaseuses), puis en arrière viennent les aulnaies. Cet ordre est capital car la ceinture de saules forme une forêt galerie de plusieurs mètres de largeur, recouvrant et protégeant la berge contre l'érosion du courant.

aulnaie

C'est l'intégrité de cette forêt-galerie qui conditionne la prospérité et la pérennité des aulnaies riveraines linéaires. Ainsi, quand l'espace imparti aux forêts alluviales est limité artificiellement, le maintien d'une zonation naturelle (même en "modèle réduit") accroît l'efficacité des fonctions écologiques assumées par chacune des ceintures.

Conclusion

Les aulnaies de l'Ognon, vestiges d'un paysage alluvial de basse montagne océanique, sont tout autant les reliques d'une cellule régionale originale (figure 3) que des structures biologiques majeures à forte incidence sur les équilibres agro-sylvo-pastoraux modernes. Leur exceptionnelle contribution à la régulation du cycle de l'azote devrait faire de ces aulnaies des auxiliaires mieux respectés dans l'espace inondable de l'Ognon.

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